Sortie France : 29 avril 2026
La caméra d’Alain Gomis se libère. Corsetée pour aborder l’identité dans L’Afrance, 2001, vagabonde avec Andalucia, 2007, onirique sur Tey – Aujourd’hui, 2012, elle colle à une héroïne de RDC en captant Félicité, 2017. Puis le cinéaste franco-sénégalais remonte des rushes pour un documentaire sur Thelonious Monk, Rewind and Play, 2022, avant de mélanger les genres avec Dao, découvert à la Berlinale 2026. L’apport de productions en France, au Sénégal, en Guinée-Bissau, complété d’aides européennes et de chaînes de télés, lui permet d’élargir le champ et de se propulser entre deux continents.
Dao débute par un casting où défilent des femmes noires qui réfléchissent leur condition et leur image. L’une d’elle devient Gloria, l’héroïne du film, et une plus jeune incarne Nour, sa fille. On les retrouve en partance pour Cacheu, un village de Guinée-Bissau où elles vont assister à la cérémonie qui consacre le père défunt de Gloria comme un ancêtre. Elles s’immergent dans les membres de la famille, restés au village, tandis que se mêlent des images du mariage de Nour, un an plus tard, en banlieue parisienne où elles vivent.
Gloria s’initie aux rites du village, écoute les femmes qui définissent leur condition et leur statut casanier, discute avec ses frères et des figures locales. Elle découvre des coutumes qui puisent leur sens dans le passé, tout en évoluant. Le va-et-vient entre les deux pays, les moments de la noce de Nour et les étapes des funérailles, s’accentuent, se lient, composant un double portrait de famille, aussi exubérante en Guinée-Bissau qu’en banlieue parisienne. Gloria s’y cherche, s’y imprime doucement.
L’inspiration d’Alain Gomis repose sur deux impressions. « La cérémonie mortuaire de mon père en Guinée-Bissau a été un moment très fort et très important dans le processus« , confie-t-il. « Puis un an ou deux plus tard, je suis allé à un mariage. » Et il aborde ainsi des liens familiaux qui se retissent. « En France, j’ai le sentiment que ce sont des personnes qui ont dû tout inventer, sans modèles, gagner chaque étape, en créant leurs propres images et leurs propres façons d’être« , observe le réalisateur. « En Guinée-Bissau, ils ont grandi dans l’absence : parents partis, dispersés. L’ici n’avait plus de valeur. »
La conscience d’appartenir à la cellule familiale scelle les rapports entre Gloria et sa fille. « Dao est traversé par une réflexion d’enfants d’immigrés arrivée à l’âge de la transmission, souvent sans avoir connu leurs grands-parents. Un saut de génération qui interroge le temps, le cycle de la vie« , estime le cinéaste franco-sénégalais qui envisage les liens familiaux comme une manière de mesurer la force des traditions, qu’on s’en écarte en France, ou qu’on les suive en Guinée-Bissau puisque selon lui, « la tradition se fabrique au présent« .
