Loin de moi la colère : résilience en Côte d’Ivoire

LM Documentaire de Joël Akafou | Côte-d’Ivoire, Burkina Faso, France | 2025

Sortie France : 3 juin 2026
Distributeur : Les Films des Deux Rives

Comment pardonner sans oublier après des massacres communautaires ? La question se pose en Côte d’Ivoire comme elle est d’actualité au Nigéria, au Rwanda ou au Zimbabwe. Elle se signale au cinéma sous le regard de Joël Akafou dans Loin de moi la colère. Ce documentaire, remarqué au Fespaco 2025 où il obtient l’Etalon de Bronze, est le troisième documentaire professionnel du réalisateur ivoirien. Un sujet plus personnel que ses précédents films connus, Vivre riche, 2017, sur les brouteurs qui exploitent les Occidentales, et Traverser, 2020, autour du portrait de l’un d’entre eux qui part en clandestin vers l’Europe. Avant de compléter sa trilogie sur l’émigration et le rapport au pays, Joël Akafou choisit d’exorciser ses traumatismes personnels avec Loin de moi la colère.

Le film s’articule autour de Josiane, dite Maman Jo. Cette femme décidée et énergique vit à Ziglo, à l’ouest de la Côte d’Ivoire, où elle poursuit une action de résilience pour sa communauté. Après le massacre de Duékoué qui a suivi les élections présidentielles contestées, en 2010 et 2011, le village a été la proie d’affrontements et de pillages entre les communautés issues de là et celles de l’immigration, encouragées par le pouvoir pour avoir de la main d’œuvre. Mama Jo dont une grande partie de la famille a été tuée, a fui puis est revenu au village en se donnant pour mission de pardonner sans occulter ses traumatismes. Et son nom de naissance qui signifie de manière prémonitoire, « loin de moi la colère », l’a conduit à nommer ainsi son association.
La caméra s’attache à sa manière de libérer la parole des femmes dont la plupart ont été violées et qui ont vu leurs proches tués, en les écoutant, en les accompagnant dans le processus de l’exorcisme et du pardon. Maman Jo multiplie les écoutes, les gestes d’ouverture, consacrant la pension de son mari décédé, au profit des habitants du village. Elle installe une sorte de maison communautaire où les souvenirs et les paroles se délient, se déploient pour permettre aux femmes, puis aux hommes en retrait, d’envisager de vivre ensemble malgré les exactions passées. Au-delà des violences exprimées, intimes, effrayantes, il s’agit pour tous d’habiter les fantômes sans les abandonner.

Lire la suite sur le site africine.org

Author: Michel Amarger

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