LM Fiction de Gessica Généus, Haïti, France, 2026
Sortie France : 21 octobre 2026
Distribution : Pyramide Distribution
La culture haïtienne est imprégnée de cinéma mais avec les problèmes économiques du pays, les productions locales se raréfient. Le retour de Gessica Généus au Festival de Cannes 2026 avec Marie Madeleine, en sélection officielle dans la section Cannes Première, consacre l’opiniâtreté de la réalisatrice haïtienne, déjà présente en 2021 avec Freda, retenu à Un certain regard. Connue en tant que comédienne depuis ses 17 ans, avec des rôles primés pour Richard Sénécal (Cousines, 2006), Arnold Antonin (Le président a-t-il le sida ?, 2006), Gessica Généus s’est perfectionnée en France vers 2010, avant de passer à la réalisation de films courts dont Vizaj Nou, 2012, ou Douvan Jou Ka Leve, 2017, attachés à illustrer la richesse de la société et de la culture en Haïti. Avec Marie Madeleine, l’actrice et la réalisatrice se fondent dans le personnage principal en incarnant une femme libre, désespérée par l’état du monde. Appuyée par une coproduction française, Gessica Généus a écrit son scénario pour planter l’histoire en ville.
L’action se déroule à Jacmel où une rue sépare l’église du bordel. Dans l’une évolue Joseph, un évangéliste coincé qui regarde la vie à travers son appareil photo. En face, Marie Madeleine travaille comme prostituée, logeant à l’hôtel La belle époque. Progressivement, ils font un chemin l’un vers l’autre. A l’occasion du fameux carnaval qui anime Jacmel, Joseph remercie Marie qui va vers Joseph. Une relation platonique, au-delà de l’amour charnel, se noue entre ces deux êtres que tout oppose.
Joseph se réfère à la Bible pour brider ses élans, Marie Madeleine invoque le vaudou pour soulager son amertume. Peu à peu, la prostituée qui se bat pour survivre, oriente Joseph vers le monde de la nuit. Elle l’introduit dans des soirées libératrices où les corps exaltent. Le jeune homme sent sa foi vaciller tandis que le pasteur rigoriste qui régit son église, le punit à chaque incartade. En progressant dans son émancipation, Joseph peut acquérir une nouvelle conscience, contrevenant à la communauté qui l’entoure.
Dès le début du film, Gessica Généus installe l’omniprésence du système religieux par des clichés, soulignés par le regard de Joseph, photographe en quête d’ouverture. Ce personnage pris dans le dogme religieux, se transforme progressivement au contact de Marie Madeleine, la prostituée qui s’active en face. Chacun fait un pas vers l’autre et Joseph finit par déboutonner sa chemise pour laisser respirer son corps refoulé. Marie Madeleine, elle, puise ses ressources dans la chambre de l’hôtel La belle époque, où elle réside. Elle y cultive sa mémoire et se raconte des histoires pour échapper au désespoir. Entre l’église de Joseph et le bordel de Marie Madeleine, la barrière de la rue parait infranchissable car en Haïti, ce sont des espaces qui ne communiquent pas.
