LM Fiction de Jean Odoutan, France, Bénin, 2000
Nouvelle Sortie France : 26 août 2026.
Distribution : 45rdlc
Quand un cinéaste veut se rappeler à notre souvenir en restant dans l’actualité, il engage la réédition d’une œuvre passée pour l’ancrer dans notre présent. C’est ce qu’annonce Jean Odoutan avec Djib, son deuxième long-métrage, finalisé en 2000 : « Devant la recrudescence abjecte et alarmante du racisme dans certains de nos quartiers et sur les médias, j’ai pris la décision de ressortir en salle, le 26 août 2026, mon film Djib qui aborde ce fléau, afin de participer modestement à l’éradication du ferment viscéral du racisme« . On serait donc tentés de réévaluer ce film gentiment cool des années 2000, à la lumière de cette intention.
Le Franco-Béninois, basé à Asnières, en banlieue parisienne, serait-il un cinéaste du social ? On sait pourtant qu’il cultive délibérément la légèreté depuis Barbecue-Pejo, 1999, tourné au Bénin comme Pim-Pim Tché. Toast de vie, 2010, ou Le Panthéon de la joie, 2022, même s’il a investi Paris et banlieue pour Mama Aloko, 2002, ou La Valse des gros derrières. Et comme entretemps le cinéaste a chanté, a écrit, et tenter d’achever un nouveau film récent, on peut le suivre lorsqu’il fait son cinéma rétrospectif.
Revoilà donc Djibril, dit Djib, un banlieusard de 13 ans, élevé par sa grand-mère, femme de ménage à la maternelle d’Asnières où se situe l’action. Agité et rebelle, comme Jean Odoutan sans doute, il a la même devise, placardée dans sa chambre : « Un Noir ne doit jamais se laisser traiter de nègre par un autre qu’un Noir« . Alors, il trafique pour gagner de l’argent, puis décide de se mettre en pause pour devenir un amoureux modèle. Ce qui le motive, c’est une Beur de son âge, « Arabo-Gauloise », qu’il veut entraîner en vacances pour piloter le corps à cœur.
« Djib est une comédie sociale et populaire, un film d’amour antiraciste, qui tord le cou à des clichés et qui aborde sur le mode de l’humour, le racisme entre les communautés noire subsaharienne et maghrébine dans le quartier des philosophes à Asnières-sur-Seine« , estime Jean Odoutan. Il est vrai que quand la grand-mère noire de Djib se prend le bec avec une famille arabe du coin, ou avec des fonctionnaires blancs, on voit défiler tous les clichés racistes qui marquent les communautés. Mais l’énergie assez forcée avec laquelle les insultes sont balancées semblent expurger les préjugés comme pour s’en libérer. C’est le principal atout du film.
Djib ne raconte pas et n’approfondit pas. Il trace au plus vite. Le scénario, conçu comme un court-métrage, est rallongé en cours de tournage. A l’époque, Jean Odoutan est pressé de faire feu de tout bois pour occuper la scène du cinéma noir. Dénommé par ses soins, « le réalisateur nègre », comme le titre d’un de ses films courts, il enchaîne des fictions aux budgets limites, il jongle avec une équipe de techniciens fidèles comme Valerio Truffa à l’image et Jérôme Ayasse au son. Il s’appuie sur le charisme énergique de Valentine Milebo qu’il emploiera régulièrement, pour camper une grand-mère « matrone dodue-dodue de la brousse, au tempérament coupe-coupe, bien trempé », comme il la caractérise.
