À Bobo, la parole est aux cinéastes

Du 7 au 10 mars 2019 s’est tenue la première édition du Fespaco à Bobo-Dioulassou en prolongement du festival de Ouagadougou au cours de laquelle les cinéastes burkinabè présent.e.s ont suscité intérêt et nombreux échanges avec le public bobolais. Une occasion pour les festivaliers de (re)voir les films primés lors du cinquantenaire.

Issiaka Konate, réalisateur de Hakilitan. Photo: rtb

Bien qu’absent du Palmarès officiel, Hakilitan, Mémoire en fuite d’Issiaka Konate fut certainement l’œuvre la plus audacieuse en terme de proposition artistique et originalité de sa sélection. Abordant la mémoire collective filmique quasi en péril lors des inondations de la Cinémathèque Africaine de Ouagadougou en septembre 2009, l’auteur propose de multiples contenus à différents niveaux de lecture. À l’aide de références littéraires, philosophiques et de métaphores, cette fiction mi-documentaire mi-expérimentale évolue dans univers poétique et casse les codes de la narration classique utilisée dans la majorité des films en sélection.
L’auteur étant lui-même enseignant à l’ISIS (Institut de l’Image et du Son), la transmission à travers les générations constitue le cœur de son sujet : « Un drame en Afrique est le manque de transmission, qui est fondamental. Plusieurs pans de notre culture disparaissent comme ça. Notre génération étant issue du cinéma classique, il faut que nos jeunes bénéficient de ce cinéma là et que nous puissions comprendre leurs préoccupations actuelles. Parce qu’ils sont au feu de l’action avec ces nouvelles technologies. Il y’a une synergie qui doit se créer entre ces différentes générations ». Hakilitan frappe autant par son contenu que par sa forme (le film démarre avec le générique de fin par exemple). Première œuvre fiction qu’il aura mis près de dix ans a réalisé, le film aura finalement bénéficié d’une certaine maturation.

 

Étalon de Yennenga du long métrage documentaire, Le Loup d’Or de Balolé de Chloé Aïcha Boro observe les lendemains de la révolution de 2014 et son impact au sein des communautés des mineurs d’une carrière de granit en marge de la capitale de Ouagadougou.
Récompensé à l’unanimité par le jury, Le Loup d’Or de Balolé est le troisième long métrage documentaire de la réalisatrice et auteure burkinabè (Farafin Ko, Une Cour Entre Deux Mondes (2015), FranceAurevoir, Le Nouveau Commerce Triangulaire (2017). Chloé Aïcha Boro est aussi bénéficiaire du concours de Pitch de l’OIF 2019 pour son prochain projet de documentaire.

Avec Le Fou, le Génie et Le Sage, Maïmouna Ndiaye (L’Œil du Cyclone, Étalon de bronze au Fespaco 2015) nous emmène dans l’univers obscur des personnes dites « folles » en quête de guérison dans un pays qui ne compte que quelques psychiatres. Grâce à sa caméra inclusive et déterminée, la réalisatrice nous donne accès aux différentes méthodes de guérison mais surtout à l’environnement des ces « fous » et de leur entourage familial, faisant ainsi transparaître une humanité intelligible.

Très attendu en salle au pays, Duga, Les Charognards, est le second long métrage d’Hervé E.R. Lengani, coréalisé avec Abdoulay Dao. Sorti tout droit de Ouaga Film Lab, fabrique de cinéma d’Afrique initié par Génération Films, les film est le lauréat du Prix Signis et du Prix UEMO du long métrage.
Enfin, Fragile Espoir, premier court métrage remarqué d’Inoussa Baguin se place du coté de ceux qui restent sans nouvelles de leur proche parti en mer pour atteindre l’Europe.

 

Djia Mambu
Bobo-Dioulasso, mars 2019

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Author: Djia Mambu

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1 Comment

  1. Merci Djia pour cet article perspicace. Bonne continuation.

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