LM Fiction de Nidhal Chatta, Tunisie / France, 2025
Sortie France : 18 mars 2026
Distribution (France) : Media Art
Le viol, les traumatismes se disent souvent en silence en Tunisie. Silentium de Nidhal Chatta, 2025, hausse le ton pour raconter la réaction d’une fille abusée, devenue une femme mesurée. On sait le goût du réalisateur tunisien pour la diversité de ses sujets et de ses approches. Durant son enfance nomade, guidée par son père diplomate, il traverse des pays aux cultures variées. Au Royaume-Uni, il étudie la biologie et l’océanographie. De là, une collaboration productive avec l’équipe du Commandant Cousteau pour des films courts où les fonds marins ont le beau rôle, le conduit à signer des documentaires.
Lorsqu’il passe au long-métrage avec No Man’s Love, 1999, son road-movie au désert est ponctué de séquences sous-marines. Pour Le Dernier Mirage, 2009, il suit l’enquête sur un manuscrit antique, disparu pendant l’invasion en Irak par les Américains. Zéro !, 2013, mêle documentaire et fiction pour retracer l’histoire du chiffre zéro à travers les cultures. Puis Mustafa Z s’attache à un citoyen qui refuse la société en s’enfermant dans sa voiture. Avec Silentium, Nidhal Chatta part d’un fait divers tragique pour camper l’ambiance d’une maison isolée où s’agitent des Tunisiens tourmentés.
L’action est concentrée sur un vieil immeuble qui borde la mer. Autour de Malek qui vit seule au rez-de-chaussée, ses voisins, Lotfi et Fatma, se disputent avec fracas à longueur de journée. Plus calme est Khaled, installé à l’étage, un banquier homosexuel prévenant et sensible. Il garde souvent Lilia, la fille de Mona, une divorcée qui vend son corps pour payer ses dettes.
Malek observe les occupants de la vieille maison avec une certaine distance mais aussi une appréhension, née de son passé. Elle n’oublie pas qu’elle a été violée, enfant, et que son prédateur se cache entre les murs de la bâtisse sombre. Une situation qui la ronge et dont elle pense se venger violemment.
En composant Silentium autour de personnages meurtris, Nidhal Chatta livre surtout « des portraits de femmes évoluant vaille que vaille dans un univers patriarcal et brutal« . Secondé par sa scénariste, Sophia Haoues, qui a construit le récit en étroite collaboration avec lui, le cinéaste tunisien s’appuie sur « une structure un peu éclatée comme une série d’instantanés pris sur le vif où l’humanité le dispute au sordide« .
