En hommage au producteur Éric Névé, où en est la filière cinématographique au Sénégal ?

Le 12 décembre 2019, dans le cadre des rencontres du cinéma francophone liées au festival Dakar court à l’Institut Français de Dakar, cette table-ronde a réuni : M. Hugues Diaz, directeur de la cinématographie au ministère de la Culture du Sénégal ; Mme Marjorie Vella, responsable cinéma à TV5 Monde ; M. Malek Ali-Yahia, distributeur Damia Films ; M. Laurent Sicouri, directeur des acquisitions de Canal+ International ; M. Oumar Sy, producteur associé d’Éric Névé chez Astou Films ; M. Souleymane Kébé, gérant de Sunuy Films et producteur ; M. Sébastien Onomo, coprésident du groupe francophone d’UniFrance et producteur ; M. Alex Moussa Sawadogo, directeur artistique du Ouaga Film Lab et FJCF ;M. Oumar Sall, directeur général de Cinekap et producteur. La modération était assurée par M. Jean-Christophe Baubiat, chargé des pays francophones à UniFrance.

 

En introduction, Jean-Christophe Baubiat rappelle rapidement la carrière d’Éric Névé, décédé brutalement le 21 juillet dernier. Il qualifie cette 3e table ronde de très symbolique du travail entrepris par UniFrance dans le cadre du groupe francophone. D’abord parce qu’elle est dédiée à Éric Névé qui est à l’origine de ce groupe de réflexion et du rapport écrit en 2014. « Nous y préconisions deux actions : un festival comme celui que nous avons organisé à Abidjan en décembre 2016 et des rencontres professionnelles comme celles que nous avons tenues en 2015 toujours à Abidjan », précise-t-il. Ensuite, parce que c’est également Éric Névé qui, en 2017, a attiré l’attention d’UniFrance sur ce qui se préparait à Dakar et le dynamisme de la production de courts métrages. « C’est donc ici même l’année dernière et à nouveau cette année que nous avons décidé d’organiser les 2e et 3e Rencontres du cinéma francophone en Afrique. Lorsque nous avons réfléchi à l’intitulé de cette table ronde, il nous a paru naturel d’y associer une des questions au cœur de la réflexion d’Éric, celle de la filière cinématographique. Il était essentiel pour lui de penser le cinéma comme un ensemble, une chaîne de compétences qui va de la formation à la promotion en passant par tous ces mots en ion, la production, la distribution, l’exploitation. Au-delà des films, c’est un écosystème qu’il faut créer et c’est aux producteurs et aux autorités du cinéma dans chacun des pays de l’impulser » ajoute-t-il.

De gauche à droite : M. Hugues Diaz, directeur de la cinématographie au ministère de la Culture du Sénégal ; Mme Marjorie Vella, responsable cinéma à TV5 Monde ; M. Laurent Sicouri, directeur des acquisitions de Canal+ International ; M. Malek Ali-Yahia, distributeur Damia Films.

Jean-Christophe Baubiat se tourne donc vers Hugues Diaz, le directeur du cinéma au ministère de la Culture. Après avoir demandé une minute de silence, celui-ci se souvient, alors qu’il venait d’entrer en fonction, de sa première rencontre avec Éric Névé en 2012 à Cannes où il présentait La Pirogue à Un certain regard. « Ça a été un déclic et depuis lors, nous ne nous sommes plus quittés jusqu’en mai dernier, date de notre dernière conversation sur les grands projets à venir » ajoute le directeur de la cinématographie sénégalaise. Selon lui, c’était un homme qui était toujours en projet, qui avait un flair extraordinaire et qui était très en avance dans son point de vue sur le rôle de l’État dans l’impulsion et le développement du cinéma au Sénégal et dans les autres pays d’Afrique. « J’aimais l’appeler Éric l’Africain, Éric le Goréen, Éric le Sénégalais tellement il avait pour sacerdoce l’Afrique et son potentiel latent qu’il faudrait exhumer, qu’il faudrait développer » ajoute-t-il. Il rappelle ensuite qu’Éric le sollicitait pour chacun de ses projets, pour voir le ministre, pour rencontrer les autorités et s’informer sur l’état de la cinématographie sénégalaise. Il était là, avec d’autres producteurs, notamment Oumar Sall, pour toutes les étapes de l’application intégrale des dispositions du code cinématographique (professionnalisation, carte professionnelle…). À chaque tournage, il prenait le temps d’initier une formation pour des jeunes qui souhaitaient effectuer un stage sur le plateau. Il donnait aussi des postes de responsabilité aux Sénégalais, aux Africains, Maliens ou Burkinabés qui étaient recrutés comme directeur de production ou assistant réalisateur. Il voulait également que le pays puisse tirer profit des productions internationales. Il pensait à la rentabilité du cinéma sénégalais avec une vue très prospective. « C’est ça aussi organiser une filière. L’État ne peut pas tout faire. Or, au Fopica, l’État est la seule source de financement. Alors comment envisager des mécanismes extérieurs à l’État pour soutenir la production ? On avait réfléchi ensemble à des mesures fiscales notamment le crédit d’impôt. Enfin il voulait une autonomisation des moyens de production, ça lui faisait mal de voir le matériel de tournage venir de l’extérieur ou la postproduction se faire à l’extérieur, il nous a convaincus qu’il fallait davantage d’industries techniques au Sénégal. Sa part dans la structuration et le début de renaissance du cinéma sénégalais, on ne peut pas l’ignorer. Que l’œuvre d’Éric Névé ne s’arrête pas après sa disparition » conclut-il.

Malek Ali-Yahia qui représente dans cette table ronde le maillon de la distribution, a, pour sa part, connu Éric Névé en 2006 et, dès le départ, le contact s’est fait naturellement. Sur son métier de distributeur, il explique que le grand fantasme, notamment des groupes et des studios américains, est de passer en direct avec les exploitants en ignorant le rôle du distributeur. Mais, si le cinéma est une filière, c’est aussi un cercle vertueux à condition que chacun reste à sa place. La distribution, c’est d’abord faire un choix de films, de les accompagner, connaître ses territoires, les publics et comment les atteindre. Les réseaux sociaux ne font pas tout, il faut travailler avec les écoles, créer le distributeur de demain… Selon lui, le métier de distributeur va évoluer, se professionnaliser et se localiser en Afrique comme partout ailleurs. En conclusion, il insiste auprès des jeunes apprentis cinéastes, les invitant à s’intéresser à ce métier.

Poursuivant le tour de table, Jean-Christophe Baubiat passe à la télévision. En effet, pour Éric Névé, l’écosystème dont il a été question précédemment, s’applique également à la diffusion avec les autres supports de diffusion d’un film que la salle de cinéma, à savoir la VOD qui était encore balbutiante il y a quelques années et qui se développe aujourd’hui à grande vitesse en Afrique et évidemment la télévision. Il se tourne vers Marjorie Vella qui était très proche d’Éric Névé et également membre du groupe francophone. La directrice adjointe des programmes de TV5 a rencontré Éric Névé grâce à Moussa Touré sur le projet de La Pirogue puis sur Wùlu également financé par TV5. C’était d’abord un grand producteur qui connaissait parfaitement tous les rouages de la production française, depuis le développement jusqu’à l’exportation. Mais ce n’était pas juste un producteur français qui voulait produire en Afrique ou qui venait prendre quelque chose, il était vraiment habité par cette volonté de produire des films africains avec des équipes africaines et des financements africains. Ça l’intéressait de développer tous les métiers du cinéma sur toute l’Afrique et en particulier au Sénégal qui était son pays de cœur. Ce n’était pas non plus un producteur qui s’associait à un grand nom comme Moussa Touré pour produire tous ses films. Il aimait découvrir de jeunes talents comme Daouda Coulibaly et il se faisait un devoir de sensibiliser toutes les autorités africaines mais aussi celles du Nord, en France, en Belgique, en Suisse, au Canada pour qu’ils soutiennent ce projet de subventionner le marché du développement, de la production et de l’exportation des films africains. S’il a créé cette société de ventes (Indie Sales), c’était aussi pour que les productions de films africains soient exportées partout dans le monde. C’est pour cela que l’on s’est très bien entendu avec lui à TV5 Monde car on avait le même objectif : que les productions africaines soient montrées dans le monde et que les recettes suivent et viennent financer les productions suivantes.

Jean-Christophe Baubiat insiste sur l’importance du métier d’exportateur et passe la parole à Laurent Sicouri qui avait croisé Éric Névé l’été dernier lors d’un voyage à Lagos, au Nigeria. Le directeur des acquisitions de programmes de Canal+ International raconte comment, dans cette visite, Éric Névé s’était immergé dans la culture locale avec un grand respect, un regard de producteur mais aussi un regard d’auteur et de créatif. « Très vite, on a monté une réunion avec mes collègues pour imaginer ce qu’on pouvait faire car il voulait passer ici à un autre niveau, faire des séries et des films à des budgets moins importants mais pour vous donner une chance, accompagner les nouveaux talents » ajoute-t-il. « Canal+ a cette même vocation, de faire des choses avec vous. Évidemment on commence par des courts même si Canal+ ne fait pas de préachat, on agit en accompagnement pour comprendre votre regard filmique, comment vous allez raconter votre histoire, votre approche pour développer ensemble vos premières œuvres puis des films, des séries ». Canal+ International a produit 10 films cette année dont 4 sont des premières œuvres et ce sont les films qui voyagent le plus dans tous les festivals internationaux. « Canal+ a besoin, et c’est un peu vital, de développer une industrie avec des talents, une culture et un langage qui s’adressent justement à un public que vous connaissez alors que les contenus internationaux vont se raréfier sur les marchés ».

Jean-Christophe Baubiat précise qu’Éric Névé avait également l’ambition de développer du cinéma de genre en Afrique. Il qualifiait ainsi Wùlu de « Scarface africain » et souhaitait encourager cette production qui dans de nombreux pays fait de très bonnes audiences. Marjorie Vella renchérit sur la vision éditoriale et artistique d’Éric Névé. Ce qui est important dans un film, selon elle, c’est la confrontation entre le producteur, l’auteur et le réalisateur. Tout en regrettant qu’il n’y ait pas d’exploitant présent, Malek Ali-Yahia rebondit sur l’intervention de Laurent Sicouri. Il y a, selon lui, des moyens d’exposer le court métrage comme l’a fait Hakka Distribution en Tunisie qui a rassemblé 25 000 entrées pour un programme de 4-5 des meilleurs courts métrages de l’année. Autre expérience intéressante décrite par Laurent Sicouri : un projet au Congo avec 4 auteurs, 4 courts métrages reliés par un personnage qui traverse les 4 histoires. Cela permet à 4 talents de s’associer dans un projet commun qui, du coup, intéresse Canal+ qui va le soutenir.

De gauche à droite : M. Oumar Sall, directeur général de Cinekap et producteur ; M. Souleymane Kébé, gérant de Sunuy Films et producteur ; M. Oumar Sy, producteur associé d’Éric Névé chez Astou Films ; M. Alex Moussa Sawadogo, directeur artistique du Ouaga Film Lab et FJCF ; M. Sébastien Onomo, coprésident du groupe francophone d’UniFrance et producteur .

Pour la 2e partie de cette table ronde, Jean-Christophe Baubiat invite les intervenants sur l’estrade et passe la parole à celui qui fut le plus proche collaborateur d’Éric Névé au Sénégal, son associé dans Astou Films : Oumar Sy surnommé Gabbar, du nom d’un acteur indien, très populaire au Sénégal dans les années 70. Il rassure l’auditoire sur la pérennité des projets en cours grâce à une nouvelle structure Astou Productions portée par Souleymane Kébé et Maud Leclair, l’épouse d’Éric Névé. « Au sortir des funérailles et des 2 cérémonies organisées à Paris et à Gorée, on s’est dit qu’on allait continuer tous les projets aussi bien au Sénégal qu’en France et en Afrique » précise-t-il. Souleymane Kébé ajoute qu’il a connu Éric Névé sur de la production exécutive avec Gabbar. « Il savait que je produisais des films, que je venais du documentaire, on a décidé ensemble de créer Astou Productions et de faire des séries ainsi que des longs métrages. Actuellement, on a trois longs métrages et des séries en développement qu’on planifie de faire entre la France et le Sénégal. Il y a des productions totalement sénégalaises, d’autres africaines et d’autres internationales. Une dynamique était lancée et on a voulu continuer en hommage à l’énergie d’Éric. »

Sébastien Onomo a, pour sa part, succédé à Éric Névé à la tête du groupe francophone il y a 2 ans. Il le copréside aujourd’hui avec Aïssa Maïga qui n’a malheureusement pas pu être à Dakar. Quand il a accepté cette fonction, c’était aussi pour poursuivre l’action d’Éric Névé qu’il a connu très jeune d’abord à travers les films qu’il a produits comme Sheitan de Kim Chapiron qui fait partie du collectif Kourtrajmé comme Ladj Ly mais également les films de genre de Frédéric Schoendoerffer qui l’ont marqué quand il était adolescent. Il a ensuite croisé sa route en 2012 alors qu’il cherchait un vendeur international pour un film d’animation qu’il produisait. Il a rencontré Éric et s’est rendu compte de sa passion pour le cinéma, pour les auteurs et pour les talents mais aussi autour de l’Afrique puisqu’il sortait de la production de La Pirogue de Moussa Touré. À la tête de ce groupe francophone, il partage totalement la vision qu’avait Éric Névé pour le futur, la structuration du cinéma africain. Il était également au Nigeria l’été dernier et a pu partager avec Éric et Maud leur amour du continent et du cinéma africain. « C’est une grande perte pour le cinéma africain car il était un porte-parole d’une pertinence et d’une clairvoyance incroyables. Je suis ravi d’apprendre que tout ce qu’il a initié est entre de bonnes mains et sera poursuivi », conclut-il avant de détailler ses projets en cours avec le Sénégal : le premier long métrage documentaire de Rama Thiaw et le prochain film de Moussa Touré, encore un lien et un héritage d’Éric Névé.

Jean-Christophe Baubiat précise que, sur proposition de Serge Toubiana, le groupe francophone d’UniFrance s’appelle désormais groupe francophone Éric Névé. Il passe ensuite la parole à Alex Moussa Sawadogo qui, à côté de son travail à la tête du Ouaga Film Lab, incarne, avec le Fonds pour la jeune création francophone créé par le CNC et ses homologues francophones, un des combats d’Éric, celui de donner par la francophonie un outil supplémentaire au cinéma africain. Comme Sébastien Onomo, Alex Moussa Sawadogo a rencontré Éric Névé en 2012 au Festival de Locarno où il coordonnait le laboratoire Open Doors. Éric Névé venait comme consultant producteur pour rencontrer des jeunes porteurs de projets. Ils ont sympathisé, se retrouvaient dans le même restaurant tous les soirs « et c’est là qu’on s’est vus avec Daouda Coulibaly. Il s’intéressait surtout aux premiers et deuxièmes films qui représentaient à ses yeux l’avenir du cinéma africain. Il m’a demandé combien de projets avaient été refusés à Locarno, 285 sur 300 reçus et il m’a dit que ça pouvait construire un autre lab et c’est un peu le déclic du Ouaga Film Lab » ajoute Alex Moussa Sawadogo. Par la suite, il a pu observer son travail avec Daouda Coulibaly, son implication artistique, celle d’un producteur qui dépensait beaucoup d’énergie pour permettre à un « no name » de faire son 1er film. Quand le tournage est devenu compliqué au Mali à cause de la situation sécuritaire, c’est Éric Névé qui a proposé de venir tourner et finir le film au Sénégal. Sur le Fonds pour la jeune création francophone, c’est une création du CNC. Quand Magalie Armand lui a expliqué le projet lors du Fespaco 2017, elle a cité le nom d’Éric Névé avec lequel elle avait échangé sur les fondements du projet, et la question des premiers et deuxièmes films est ressortie, ce qui lui a permis de faire le lien avec les discussions de Locarno. Le FJCF a, pour sa deuxième session, soutenu 30 projets venus de toute l’Afrique subsaharienne francophone sur tous types de films et tous formats avec aussi, pour le développement, des résidences d’écriture permettant de soutenir les jeunes porteurs de projets. C’est un outil qui permet aux jeunes cinéastes de ne pas attendre les grands fonds de financement et qui réunit les 3 stades de la production d’un film : le développement, la production et la postproduction.

Jean-Christophe Baubiat passe ensuite la parole à Oumar Sall, retenu par des problèmes de transport et qui est finalement arrivé en fin de table ronde. Producteur notamment des films d’Alain Gomis et récemment d’Atlantique, il était également très proche d’Éric Névé notamment parce qu’ils souhaitaient ensemble que les producteurs africains s’associent pour peser sur les autorités et avoir des outils de production. Oumar Sall abonde dans ce sens, évoque le dynamisme incomparable dans ce secteur, avec beaucoup de tournages où il employait beaucoup de jeunes qui se sont formés par ce biais. « Il faut continuer à porter ce flambeau » poursuit-il « On avait un dialogue permanent, je lui disais, on a un réseau, il me répondait, il faut aller beaucoup plus loin et créer un syndicat… Il m’avait dit qu’on avait tout pour nous à commencer par les accords de coproduction entre la France et le Sénégal qui sont un outil extraordinaire, qui permet par exemple qu’un film en wolof comme Atlantique soit éligible au CNC ». Oumar Sall estime également que le secteur cinématographique a beaucoup bougé grâce à Éric Névé, notamment parce qu’en 2013, il a produit La Pirogue qui a été un succès mais aussi parce qu’il s’est battu pour avoir des outils financiers et qu’il a aussi largement contribué à la mise en place du Fopica. Il conclut par un appel au festival Dakar Court de créer un prix à son nom.

 

En l’absence de question, Jean-Christophe Baubiat interroge Souleymane Kébé sur les moyens qui seront donnés aux productions en projet chez Astou Productions. Souleymane Kébé lui répond que, lorsqu’il l’a approché, Éric savait qu’il produisait et qu’il trouvait des fonds au Sénégal. De plus, ajoute-t-il « son épouse Maud est également une financière du cinéma et on peut aussi aller chercher de l’argent en France. On n’a pas envie de faire des films avec moins de moyens ». Oumar Sall prend ensuite la parole pour évoquer sa dernière rencontre avec Éric Névé à Cannes où il était venu le féliciter et où il lui a parlé de Souleymane Kébé. Enfin, Oumar Sy conclut en évoquant la projection le soir même du film Les Misérables de Ladj Ly et se remémore un souvenir personnel lorsqu’ils étaient ensemble avec Éric Névé en 2008 à l’avant-première de Mesrine, il lui avait présenté Ladj Ly en disant : « ça, tu vois, c’est Ladj Ly, c’est la bande de Ladj Ly et ils iront très loin ».

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Author: Olivier Barlet

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